Nos Propositions budgétaires…



Réorienter notre système économique avec la santé, la sécurité alimentaire, le tourisme et la construction comme axes prioritaires

  • Au lieu des conglomérats, le GM doit dégager des capitaux frais pour les PMEs et le secteur informel
  • Les entreprises avec un chiffre d’affaires de Rs 10 millions doivent être exemptées de la TVA et de la bureaucratie pesante
  • Evitons la bêtise de demander aux PMES et entrepreneurs qui sont déjà au bord de l’asphyxie de s’endetter davantage ?

Voici venue l’heure du budget 2020/2021 avec le coronavirus qui est passé par là. Maintenir et continuer avec le ‘business as usual’ serait une pure folie. Mais heureusement que nous avons à la tête du pays un Premier ministre digne de ce nom en la personne de Pravind Jugnauth et Rengadanen Padayachy en tant que Grand Argentier. Ce dernier depuis qu’il est à la tête du ministère des Finances a démontré non seulement qu’il possède les compétences et les capacités pour faire le travail et avec la crise que nous traversons il a prouvé qu’il est à la hauteur de la tâche, qu’il a du cœur pour les plus vulnérables et que nous pouvons lui faire confiance.

Nous savons toutefois qu’il ne sera guère facile au ministre des Finances de fixer l’équilibre entre le social et l’économie dans le contexte actuel. Cependant, l’heure est grave et les remèdes habituels ne marcheront pas parce que l’économie nationale, régionale et internationale a été frappée de plein fouet par le coronavirus, une crise sans précédent qui est venu changer toute la donne. C’est toute une réorientation de notre système économique qu’il faudra appliquer et si nous ratons le coche cette fois-ci, la sentence sera fatale et cela se passera assez rapidement, car nous vivons dans un monde d’évolution très rapide.

Investir massivement dans notre système de santé

La première mesure que le ministre des Finances devra envisager pour le budget ce sont les investissements dans notre système de santé. La crise sanitaire que le monde subit actuellement est venue démontrer combien nous étions mal préparés à ce niveau parce que durant des années, le secteur de la santé a été négligé pour laisser de la place aux investissements plus lucratifs. Nous avons vu combien nous étions vulnérables et sans les aides des bienfaiteurs et des pays amis, les chambres d’hôtels du privé nous aurions subi un véritable désastre.

L’ancien Premier ministre Navin Ramgoolam avait promis la construction de trois hôpitaux spécialisés, pour les femmes, la gériatrie et les malades du cancer. Selon les archives, il avait également parlé à un certain moment d’un hôpital spécialisé pour les enfants et d’un autre pour les animaux notamment les chiens. Mais de 2005 à 2014 il n’a rien fait. L’histoire retiendra ce fait.

Il ne faut pas que l’actuel gouvernement rate le coche à ce niveau. Nous avons un personnel hospitalier extrêmement compétent, formé et dévoué. Nous les avons vus à l’œuvre malgré les moyens limités et maintenant il va falloir les récompenser d’abord et dans le même souffle revalorise ce métier en termes de salaires et autres avantages.

Le gouvernement doit également faire une priorité les investissements dans la formation, les infrastructures et la technologie. Ce n’est plus possible d’entendre dire que telle ou telle opération doit être renvoyée pendant deux ou trois ans parce que le matériel est défectueux et ne peut être réparé ou que tel ou tel médicament et matériel n’est pas disponible. Le ministre de la Santé doit venir de l’avant avec un plan d’action solide pour la santé publique.

Sécurité alimentaire

Nous l’avons archi dit et répété, notre facture d’importation que ce soit pour les denrées alimentaires ou les produits pétroliers, est trop élevée. La crise du coronavirus a révélé que si nous poursuivons sur cette voie notre population va mourir de faim car déjà plusieurs pays d’approvisionnement ont bloqué leurs exportations de denrées alimentaires. La seule solution réside dans la production locale et pendant le confinement nous avons vu que si la volonté est là nous pouvons accomplir des miracles.

Il faut absolument revenir à la terre et pour ce faire une réforme agraire et une redistribution des terres s’imposent. Le gouvernement doit forcer les grands propriétaires terriens à mettre fin à leurs projets immobiliers et leurs spéculations foncières pour que ces terres deviennent disponibles pour la production agricole. Les générations avant nous ont grandi avec les patates, le manioc, les fruits à pains, et le maïs. Non seulement ils vivaient plus longtemps mais ils étaient en meilleure santé et tombaient rarement malades. Aujourd’hui même les fruits tropicaux tels que la papaye ou les mangues sont devenues un luxe. Ne parlons pas du poisson et des fruits de mer ils sont carrément introuvables.

On ne peut plus poursuivre sur cette voie et pendant des années, nous avons prêché dans le désert. Le ministre Manish Gobin avait lancé un projet pour reprendre les terres aux grands établissements sucriers pendant la crise et nous ne pouvons que souhaiter que tout ceci aboutisse.

Par ailleurs à quand une flotte de bateaux de pêche battant pavillon mauricien pour mettre fin au pillage de nos eaux par les étrangers et pour assurer la provision du marché local en poissons et fruits de mer ?

Soutien et protection aux petits entrepreneurs et au secteur informel

Sur ce chapitre également nous avons prêché dans les oreilles d’un sourd pendant des années, sous le règne du gouvernement PTr-PMSD, mais les événements nous ont donné raison et nous espérons que le Premier ministre et le ministre des Finances entendra cette voix.

Les fonctionnaires et tous ceux qui n’ont jamais entrepris quoique ce soit dans leurs vies ou qui n’ont jamais tenu le poêlon chaud d’une entreprise ne pourront jamais savoir ce dont les petits entrepreneurs ont besoin. Il faut que les autorités écoutent ceux qui sont sur le terrain et au four et au moulin quotidiennement pour que leurs entreprises puissent continuer d’exister. Jusqu’ici la plupart des politiques dégagées et mis en œuvre sont inadaptées aux véritables besoins des entreprises. Comment demander à un entrepreneur qui est déjà au bord de l’asphyxie de s’endetter davantage ?

Au lieu de venir en aide aux grands conglomérats qui ont des actionnaires hypers fortunés et qui se sont partagés des dividendes quand les vaches étaient grasses, le gouvernement ferait mieux de dégager des capitaux frais pour les petites et moyennes entreprises et ceux qui sont dans le secteur informel sans réclamer de contrepartie en retour.

A maintes reprises nous avons également demandé que l’accès aux finances et aux marchés publics soient garantis par l’Etat. Ce n’est pas la mer à boire quand nous savons tous les bienfaits que les Petites et Moyennes Entreprises apportent à notre économie.

La marge entre le taux à l’emprunt et l’épargne pratiqué par les banques commerciales doit aussi être revue à la baisse. Les profits des banques sont indécents et ce sont ceux au bas de l’échelle qui souffre le plus.

Endettement des ménages, frais bancaires et Hire Purchase

C’est là où il faudra un effort spécial des banques. Il faut d’abord une mesure pour récompenser ceux qui s’acquittent régulièrement de leurs mensualités. On ne peut pas continuer à les tondre comme des moutons de panurges sans que les institutions bancaires fassent un geste envers eux. Il faut aussi réviser les cas de ceux qui sont frappés interdits bancaires avec le Mauritius Credit Information Bureau. Certains méritent une deuxième chance. La banque centrale doit mettre fin aux pratiques abusives des frais bancaires. Il faut également revoir le taux d’intérêt sur les cartes de crédits et la vente à tempérament (hire purchase) si on veut relancer la croissance une bonne fois pour toute.

Mettre fin au harcèlement et autres tracasseries administratives

D’autre part, la Mauritius Revenue Authority doit cesser son harcèlement à l’égard des PME et les entreprises avec un chiffre d’affaires de Rs 10 millions doivent être exemptés de la TVA et de toutes les charges et la bureaucratie, car trop de bureaucratie tue l’initiative et l’innovation. Le gouvernement doit également laisser vivre le secteur informel car une tentation d’encadrement pourrait tuer ce secteur avec un impact social très négatif.

Si la MRA trouve que son personnel est en excédent elle peut demander un redéploiement vers d’autres départements du gouvernement mais un officier ne peut s’asseoir derrière son bureau et prendre son téléphone pour harceler un entrepreneur qui se plie en quatre pour faire bouger son entreprise et l’économie du pays.

S’agissant de la Taxe à la Valeur Ajoutée (TVA), on souhaite que le gouvernement se débarrasse du système discriminatoire, qui favorise que le ‘manufacturing-oriented enterprises’ mais qui pénalise les ‘services-oriented businesses’.

Médias et publicités

Ces dernières années avec technologie et tout récemment avec le confinement, les médias en ligne ont fait un bond de progression énorme en termes d’audience. L’occasion est trop grande pour être loupée et il s’agit maintenant pour le ministre des Finances d’apporter son soutien à ce secteur qui a un potentiel d’emploi très prometteur surtout pour les jeunes.

L’année dernière nous avons également parlé de la nécessité de démocratiser l’accès à la publicité du secteur privé et de mettre fin aux cartels qui minent la vie des petits opérateurs. Sur ce dossier également le gouvernement doit être à l’écoute de ceux qui s’y connaissent et qui sont dans ce domaine.

Hôtellerie, Tourisme et Construction

Les secteurs du tourisme, de l’hôtellerie et de la construction seront les plus durement touchés par la crise sanitaire et économique du coronavirus. Il faudra sans nul doute des années pour sortir la tête hors de l’eau surtout avec la situation qui n’évolue pas assez vite et positivement au niveau de l’aviation et dans les pays émetteurs de touristes.

Ce seront surtout les employés qui se trouvent au plus bas de l’échelle qui seront les plus affectés et le ministre des Finances devra donc faire un effort supplémentaire pour maintenir le Wage Assistance Scheme sur ce plan jusqu’à ce que la reprise soit là. Nous pensons d’abord aux artistes qui évoluent dans les hôtels, aux troupes musicales et à leurs danseuses de séga. Sans oublier les animateurs de Fun and Kids Zone et les employés des Boat Houses.

En vue de promouvoir l’image de la destination mauricienne, nous recommandons l’association avec une équipe de Premier League tout comme le font le Rwanda, l’Indonésie, la Thaïlande et la Malaisie lors de la reprise du meilleur championnat mondial.

Le gouvernement doit s’assurer que personne ne perde son emploi. Idem pour les maçons et manœuvres dans le secteur de la construction. Pas question également de réclamer un quelconque remboursement du Wage Assistance Scheme pour ces deux secteurs après la tempête car ils ont été frappés de plein fouet. Toutefois, il faudra veiller à ce que les actionnaires des grands groupes ne touchent aucun dividende pour vingt ans au moins.

Remplacer le PIB par le Bonheur National Brut

Il faut remplacer le Produit Intérieur Brut par le Bonheur National Brut. Une proposition qui trouve écho auprès de certains grands économistes dont des prix Nobel. « L’irremplaçable, jusque-là, croissance économique a du souci à se faire. Des voix s’élèvent, plus nombreuses et plus insistantes, contre le modèle de développement économiste basé sur la croissance que le système- monde (mondialisé donc) impose. L’économie est devenue le système de valeurs, objectif d’appréciation du parcours d’un pays, d’une société, voire même d’un individu. Or, le bien-être ne peut être mesuré à l’aune de variables uniquement économiques, » écrivait un chroniqueur d’un journal.

Au Bhoutan, en revanche, ce n’est pas le PIB qui intéresse tant le gouvernement mais plutôt le BNB (Bonheur national brut), un indicateur qui mesure le bonheur individuel de ses citoyens. C’est l’ex-roi Jigme Singye Wangchuck qui a imaginé en 1974 une politique unique au monde s’appuyant sur le fameux concept du Bonheur national brut, visant à promouvoir l’idée que le bien-être des citoyens doit passer avant la croissance économique.

L’une des particularités de ce pays est sa poursuite du bonheur à travers l’amélioration de son BNB. Là où la majorité des gouvernements se base sur la valeur du Produit national brut (PNB) pour mesurer le niveau de richesse des citoyens, le Bhoutan a privilégié le BNB pour mesurer le niveau de bonheur de ses habitants. Cet indice comporte quatre dimensions, piliers du développement durable, à savoir : la croissance et le développement économique responsables ; la conservation et la promotion de la culture bhoutanaise ; la sauvegarde de l’environnement ; la bonne gouvernance responsable.

Post-covid, il serait intéressant de rechercher dans cette direction.

Conclusion

Ces quelques points représentent donc notre modeste contribution pour le budget 2020/2021 en espérant quelle sera pris en considération. Nos propositions budgétaires des années précédentes demeurent également valables et peuvent être consultées.

Ces propositions ont le fruit d’un atelier de réflexion entre Jimmy Jean-Louis, Le Xournal, le Muvman Mobilisasyon Kreol Afrikin, Minority Voice, l’ONG Solidarité Naturelle et nos chroniqueurs politico-économiques.

Terra Del Fuego

Posted by on May 26 2020. Filed under Actualités, Economie. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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