Diffamation, fake news, outrage, incitation à la haine raciale et à la violence…



Facebook censurer à partir du 1er octobre : se dirige-t-on vers la fin d’un cycle ?

Depuis quelques années, toutes les tensions, les frustrations, les mal-être, la colère du monde, ont trouvé leurs terrains d’expression sur les réseaux sociaux et notamment sur Facebook. Cependant si les autres sites ont décidé d’adopter une politique différente concernant ces postes néfastes qui pour la plupart sont normalement punissable par la loi, le géant du Web avait lui prôner une liberté d’expression absolue. Mais récemment, Marc Zuckerberg n’a eu d’autre choix, après des pressions et boycotte de la société civile et des grosse entreprises publicitaires mondiaux, que de revenir sur cette résolution. Et à partir du 1er octobre, la clause 3.2 des Conditions d’utilisation de Facebook sera mise à jour pour inclure la possibilité de supprimer ou restreindre l’accès à tout contenu, service ou information nuisible à l’harmonie, la société ou les palais de justice.

Le réseau social interdira désormais davantage les messages haineux dans les publications et publicités mais prévoit aussi d’ajouter des avertissements aux publications problématiques qu’il laisse en ligne. La plateforme retirera toutes les publications qui pourraient porter atteinte à des personnes de certaines origines, groupes ethniques, nationalités, genre ou orientation sexuelle. Et cerise sur le gâteau, elle empêcherait aussi la diffusion sur sa plateforme de nouvelles publicités politiques une semaine avant les élections afin de lutter contre la désinformation et les tentatives d’interférence. Cela s’appliquera pour la présidentielle américaine du 3 novembre.

Dans une déclaration, Marc Zuckerberg a expliqué qu’un mécanisme à base d’intelligence artificielle permettra au réseau social de retirer ces messages et images avant qu’ils ne soient signalés et donc avant qu’ils ne soient potentiellement vus par des centaines de milliers d’utilisateurs. Le but, dit-il, est de faire de Facebook à nouveau un lieu où les gens se sentent bienvenus et en sécurité pour s’exprimer et partager leurs pensées et leurs idées. Il a aussi ajouté que le taux de détection proactive des contenus haineux de la plateforme est passé de 44 % à 95%.

S’il est déterminé qu’un utilisateur a clairement, sérieusement ou de manière répétée violé ces conditions ou politiques, y compris en particulier les normes communautaires, l’accès à son compte sera suspendu ou désactiver de manière permanente. Cela s’appliquera également si l’utilisateurs enfreigne de manière répétée les droits de propriété intellectuelle d’autres personnes ou pour des raisons légales. Toutefois avant de prendre de telles mesures, vous serez informé et vous obtiendrez des explications sur les options dont vous disposerez pour demander un réexamen, sauf si cela peut exposer la plateforme ou d’autres personnes à une responsabilité légale, nuire la communauté d’utilisateurs, compromettre ou interférer avec l’intégrité ou le fonctionnement de l’un de leurs services, systèmes ou produits, ou s’ils sont limités en raison de limitations techniques ou s’ils ne peuvent le faire pour des raisons légales.

L’affaire George Floyd et l’explosion du mouvement Black Lives Matter

Il faut dire que depuis quelques temps, les utilisateurs de Facebook ne mettaient aucune limite quant à leurs publications sur le réseau social. Tous y aller sans vergogne pour véhiculer des messages ou tout autre contenu incitant à la haine, au racisme ou à la violence. Sur les pages des médias, chaque article relatant des faits liés de près ou de loin à l’ethnique ou la politique, déclenche des réactions hystériques d’une part et d’autre. L’affaire George Floyd et l’explosion du mouvement ‘Black Lives Matter’ a toutefois été la goutte d’eau de trop car sujette à une guerre interposé entre les communautés. Ainsi, le réseau social a été sommé de modérer davantage les messages haineux et racistes.

Maurice pas épargner

A Maurice, il y avait 761 800 utilisateurs en octobre 2018, ce qui représente 59,6 % de la population totale. Ainsi les publications qu’ils soient vraies ou fausses se propagent à des vitesses ahurissantes et les autorités ont noté depuis une hausse de comportements dits dangereux. À savoir, usurpation d’identité, harcèlement, piratage de comptes, violation de la vie privée, escroquerie, extorsion, propos incitant à la haine raciale, fausses informations, sextorsion, ou encore diffamation.

Les violences verbales sur la toile sont légion à tel point que le « réseau social » est devenu à Maurice un espace de dialogue dangereux. Pour beaucoup, c’est devenu un passe-temps de se cacher derrière leur portable, derrière un ordinateur ou tout simplement derrière un pseudonyme pour exprimer leurs points de vue, au nom de la liberté d’expression qui est garantie par la Constitution mais leurs messages portent atteinte à la dignité d’autrui.

Des amendements apportés à l’ICT Act

Le gouvernement actuel est intéressé à combattre la circulation des fausses nouvelles, des propos à caractères racistes et diffamatoires sur les réseaux. En 2018, des amendements ont été apportés à l’Information and Communication Technologies (ICT) Act à travers de l’adoption de la ‘Judicial and Legal Provisions Act’. Car la majeur partie des personnes accusés d’incitation à la haine ou autres délits cybercriminelle finissait au final par se relaxer devant les failles de l’ancien texte de loi.

La section 299 du Code criminel affirme déjà que la publication, diffusion ou reproduction, par n’importe quel moyen, de fausses nouvelles ou de vraies nouvelles en elles-mêmes mais altérées en une ou plusieurs de leurs parties ou mensongèrement attribuées à des tiers, lorsque la publication, la diffusion ou la reproduction est de nature à troubler l’ordre ou la paix publique sera punie. Mais auparavant, l’ICT Act ne considérait pénalement que les messages sur internet.

Alors que désormais, elle prend en compte toutes les formes de communication, comme les discours, les sons, les textes, les images, les signes, les signaux et les codes. De l’autre côté, usurper une identité, c’est-à-dire se faire passer pour quelqu’un d’autre afin de causer une gêne, une humiliation, un inconvénient, une détresse ou une anxiété à une tierce personne est également devenue punissable. Les peines encourues sont passés de cinq à dix ans de prison au maximum.

Ibrahim Koodooruth : « Ce ne serait pas nécessaire si nous étions des personnes responsables mais ce n’est pas le cas ».

« Cela est une très bonne initiative que Facebook a décidé de modérer les publications » affirme le sociologueIbrahim Koodooruth. Le chargé de cours a l’Université de Maurice explique qu’une urgence à ce sujet a commencé à se faire ressentir à Maurice et que cela devenait de plus en plus dangereux. « Ena enn bann dimoune ki pe met difé communal depi 1 certain temps. Si sa par malheur atterrir avec enn bann tete brulé, pou ena gro problème dan pays et bann innocent pou al paye le pot cassé. Li ti enn urgence pu ki impose bann restriction parski dimoune pe nepli viv couma fer ser et pe aret respecter zot prosain » a-t-il déclaré.

Selon Ibrahim Koodooruth, la liberté d’expression de l’un doit s’arrêter là où commence celle des autres. Il explique que dans un monde mais aussi un pays pluriculturel, il est important de respecter son prochain. « En tant que personne, on a tous une croyance particulière qu’on aimerais exprimer mais on doit aussi prendre en considération que nos mots peuvent toucher et blesser la sensibilité d’autres gens et que cela peut nuire à l’harmonie sociale. Le jugement de valeur doit entrer en jeu et il faut faire un choix » dit-il.

Par ailleurs, le sociologue ajoute que si on était tous responsable de nos propos, il n’aurait pas été nécessaire d’instaurer ces restrictions mais qu’en vue de la situation, il n’y a pas d’autres choix. « Nous vivons dans un monde civilisé où on ne peut plus se permettre que des gens incitent à la haine raciale derrière leurs écrans. Il y a une dose de subjectivité par rapport à la liberté d’expression mais nous devons  l’accepter maintenant avant afin d’éviter le pire dans l’avenir. Nous sommes responsables de notre conduite qui nous a mené à ce point. Et il fallait éviter à ce que des personnes utilisent ce feu pour déclarer une guerre dans un esprit stratégique ».

Teena Jootun : « Expression is good, me bizin coner how and when »

« On a tendance à remarquer qu’il y a un ‘lowering of value’, une dégradation sociale et une détérioration des mœurs sur les réseaux sociaux. Je ne sais pas si c’est le nouveau normal de la nouvelle génération mais cela n’apportera rien de positive » c’est pour ces raisons que Teena Jootun dit accueillir l’initiative de Facebook pour censurer les messages à caractère haineux sur sa plateforme comme une très bonne nouvelle. Si la PPS dit croire en la ‘freedom of expression’, pour elle, les réseaux sociaux ne devraient toutefois pas être un exutoire pour toutes les frustrations et colères. Elle affirme que cela n’aide personne et n’apporte rien de productif.

L’ancienne lecturer à l’Université de Maurice explique qu’elle a eu dans le passé de nombreux cas où des jeunes ont été influencés par tout ce qui se passe sur les réseaux et que certains d’entre eux se sont suicidés. au suicide. D’ailleurs, elle a été l’auteur d’une vidéo pour conscientiser la génération z à ce sujet. « La communication s’est beaucoup modernisée et les réseaux sociaux sont devenu incontournables. Elle met en lumière les différentes caractéristiques de différentes personnes et beaucoup d’utilisateurs ont tendance à comparer ou à imiter alors que déjà beaucoup de ces ‘show-off’ sont fausses » dit-elle.

Ravi Ratnah : Beaucoup de Mauriciens commenceront maintenant à réaliser qu’ils étaient dans le faux

« C’est une démarche extraordinaire pour contrer les voyous qui utilisent Facebook pour attaquer leurs ennemies et régler des comptes personnels en public » c’est ainsi que Ravi Ratnah qualifie l’initiative de Facebook pour modérer les publications et publicités. Pour l’avocat, c’est un grand pas en avant pour une société et civilisation moins haineuse et irritée. Ce dernier explique qu’il y avait beaucoup d’abus et que cela engendre des étincelles qui finiraient tôt ou tard par provoquer des dégâts au niveau du tissu social.

Ravi Ratnah explique aussi qu’il y a un ‘journaliste politicien’ qui n’hésite pas à faire campagne sur Facebook contre des personnes pour régler des problèmes personnels. Il ajoute également que certains membres de l’opposition ont aussi tendance à attaquer à tort et à travers le gouvernement dans le but d’attirer un bénéfice politique, croyant que la liberté d’expression existe que pour eux. Selon l’ancien député, dorénavant, beaucoup commenceront à réaliser que la liberté d’expression a des limites et qu’on ne peut pas se permettre de tout dire pour détruire l’autrui sans aucune conséquence.

Les jeunes quitte Facebook pour Instagram

Dans l’univers impitoyable des réseaux sociaux, le trône n’est pas longtemps occupé par les mêmes : il est facile d’y perdre sa place si on n’atteint pas son cœur de cible, à savoir la jeunesse. Il y a 3 ans, Facebook tirait largement son épingle du jeu auprès des milléniaux et était le réseau social le plus utilisé par ces derniers. L’année suivante, le bébé de Zuckerberg avait cependant subi une belle déconfiture pour laisser sa place à Snapchat et Instagram, alors au coude à coude en première position. Pour la fin de l’année 2019, Instagram, l’application de partage de photos et de vidéos créée par Systrom et Krieger, a finalement réussi à remporter la médaille d’or du réseau social le plus utilisé par la génération Z, avec 81 % d’utilisateurs chez les 16-25 ans (+8 points par rapport à l’année dernière) contre 74 % pour Snapchat (+1 point).

Premier en 2017, deuxième en 2018 et désormais troisième dans le classement des réseaux sociaux préférés des jeunes, Facebook semble en passe de devenir un souvenir lointain d’ici quelques années. Et pour cause, s’il réussit à se maintenir dans le top 3, c’est surtout grâce aux aînés de la génération Z qui s’en servent dorénavant comme une plateforme ‘informative’. En 2019, 57% des jeunes ont effacé l’application car le contenu ne les intéressait plus. Ils ont préféré Instagram car il y a plus ‘émotions positives’. Les jeunes y trouvent de l’amusement, de la joie et de la motivation, du bonheur et du calme. Moins nombreux sont ceux qui l’associent plutôt à des ressentis négatifs comme la perte de confiance en soi, la tristesse, la haineou encore le désespoir et l’angoisse.

Posted by on Sep 14 2020. Filed under Blog, Featured, Société. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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