Stellio Antonio, innocenté par la justice : « C’est un jugement historique dans le sens le plus large du terme »



Dans la matinée du 18 septembre 2013, la nouvelle de l’arrestation de Stellio Antonio par la CID de Curepipe dirigée par le chef Inspecteur Rajaram tombe comme une bombe. C’est le choc surtout dans les salles de rédaction puisque Stellio Antonio a servi la cause de la presse pendant 27 ans avant de rejoindre la prestigieuse compagnie de loterie, Lottotech comme Public Affairs Manager. La CID de Curepipe de M. Rajaram accuse notre confrère, aujourd’hui directeur et Rédacteur en chef du journal communautaire gratuit de l’Est, EST PRESSE d’avoir comploté avec un dénommé, Teemul Gokool pour escroquerie. Stellio Antonio est incarcéré au Detention Centre de Vacoas pendant cinq nuits.

 Une section de la presse en fait son chou gras. Stellio Antonio clame son innocence, mais l’affaire est portée en cour par la CID de Curepipe. Des jours, des semaines, des mois et des années difficiles pour Stellio Antonio qui décide de remplacer Me Rama Valayden par Mes Dick Ng Sui Wa et Avineshwar Dayal dans l’affaire vu que M. Valayden ne lui donne pas satisfaction. Le 15 janvier dernier, le magistrat Raj Seebaluck donne son jugement. Stellio Antonio est innocenté de même que Teemul Gokool.

Le jugement met la poursuite, représentée par Mme. Moorghen – Pyndiah, au pied du mur. Le jugement fait état des gros manquements de la CID de Curepipe et le magistrat Seebaluck, aujourd’hui Deputy Master and Registrar brosse un tableau noir du rôle joué par l’inspectrice, Kavita Nothoo, le Chef Inspecteur, Omrawoo et l’assistant surintendant, Rajaram.

Dans une interview qu’il nous a accordée chez lui à Poste de Flacq hier, Stellio Antonio revient sur ces sept ans et demi des plus pénibles pour lui et sa famille. Aujourd’hui, il est un homme libre, heureux. Son honnêteté, son intégrité, sa rigueur ne peuvent être misse à l’index. Il marche la tête haute et a su se faire respecter. Le respect, il le mérite. « C’est un jugement historique dans le sens le plus large du terme » dit-il dans l’interview qui suit.

INTER

  • « Je suis heureux et je rends grâce à Dieu. Je suis profondément reconnaissant envers mes avocats, Mes Dick Ng Sui Wa et Avineshwar Dayal qui m’ont défendu gratuitement (PRO BONO) avec tout le courage voulu du début jusqu’à la fin. Ils ont travaillé très durs, matin, midi et soir avec leurs cœurs et le résultat est vraiment à la hauteur de mes espérances et ceux qui croyaient fermement en mon innocence. »
  • « Lottotech est une compagnie sérieuse et côtée à la bourse. C’est une compagnie mise sur pied par une famille noble, intègre et qui travaille dur, la famille Ah Teck. Elle m’avait fait confiance, mais hélas il y a eu ce fameux tour de magie de la CID de Curepipe. Je ne pouvais rester attaché au poste de Public Affairs Manager. »

Comment accueillez-vous ce jugement M. Antonio ?

Je suis heureux et je rends grâce à Dieu. Je suis profondément reconnaissant envers mes avocats, Mes Dick Ng Sui Wa et Avineshwar Dayal qui m’ont défendu gratuitement (PRO BONO) avec tout le courage voulu du début jusqu’à la fin. Ils ont travaillé très durs, matin, midi et soir avec leurs cœurs et le résultat est vraiment à la hauteur de mes espérances et ceux qui croyaient fermement en mon innocence. Je suis également heureux pour mon épouse, mes trois filles, la famille George et tous ceux qui nous ont soutenu durant ces moments pénibles dont les Pères Jean Maurice Labour, Patrick Fabien, Mikael Durhonne, Antoine Law et Gérard Mongelard. Je dois aussi vous dire que lorsque le jugement est tombé, j’ai eu une pensée pour mon frère, Doudou décédé il y a deux ans, un cousin exceptionnel, Dominique, qui est lui aussi parti tout comme trois de mes beaux-frères, Alain, Dave et Jean Claude. Je n’ai pu éviter de penser également à Françoise Labelle, une amie de la famille, qui a souvent partagé nos peines.

Sept ans et demi d’attente représente une très longue période ?

Oui. Mais, il ne faut surtout pas croire que c’est la faute au magistrat ou à l’avocate de la poursuite ou mes avocats. Non. Ce sont surtout ces absences des policiers lors du procès. Lorsqu’un vient, l’autre est absent. Voilà pourquoi le procès a tant trainé. Parfois, je doutais des raisons de leurs absences et j’avais mes raisons pour cela.

Comment avez-vous vécu cette période d’attente ?

Tantôt en colère, tantôt calme. En colère parce que je sais que c’était un cas fabriqué de toutes pièces par la CID de Curepipe. Les murs ont des oreilles dit l’adage.

Quel a été le moment le plus dur durant ces sept ans et demi ?

Chaque jour était dur. Il y a des jours où je me demandais pourquoi la police me fait tant de peine. L’ancien limier du CID, co-équipier de Daniel Monvoisin, Clency Meeterjoye m’a confié bien des choses avant sa mort sur la haine que Monvoisin avait pour moi. J’ai compris un peu le pourquoi de mon arrestation par l’autre ami de Daniel Monvoisin, Rajaram. Ce même Rajaram qui avait osé se présenter comme mon avocat lorsqu’il m’avait vu pour la première fois dans le bureau de la CID de Curepipe. Un autre mensonge pour ne pas dire une usurpation d’identité en présence de Mme Nothoo et l’inspecteur Goinden. Ce qui n’avait pas plu à M. Goinden. Ensuite, il y a mon incarcération au Detention Centre de Vacoas pendant cinq nuits.

 Heureusement que j’avais la Sainte Bible, le Bhagvad-Gita, le livre que m’avais personnellement offert Nelson Mandela, The Long Walk To Freedom en 1996 à Stellenbosch, en Afrique du Sud et le livre Goodbye Bafana que m’avais offert une amie sud-africaine affectée à l’administration d’un hippodrome de Johannesbourg et vivant à Soweto. J’ai dévoré ces livres. Je me disais que j’avais affaire à des voyous à la CID de Curepipe et je fredonnais souvent la chanson de Florent Pagny, Ma Liberté de Penser. Les gardes venaient souvent voir ce que je faisais et un parmi m’avait dit dès la première nuit, à voix basse « Na pas mange nanien ici ». Cela me faisait peur, mais un de mes frères qui mérite mes remerciements, Noël, ma deuxième fille, Emmanuelle et mon futur gendre, Julien, apportaient de l’eau et des yaourts qu’ils laissaient avec les gardes pour me donner chaque matin.

Aujourd’hui, quel regard jetez-vous sur la police après cette affaire ?

La police, c’est l’autorité et elle mérite toujours le respect, mais les brebis galeuses font du tort à notre police. Pour se faire respecter, il faut respecter les autres aussi. Je dirais heureusement que la majorité des policiers sont corrects et font honneur à l’uniforme qu’ils portent. Cette petite poignée de brebis galeuses que j’appelle des pourris, fait honte à l’uniforme et dénigre la noble profession de la police. Cette petite poignée de policiers galeux est dangereuse pour le pays. Il n’y a qu’à lire les 15 pages du jugement de M. Raj Seebaluck pour comprendre ce que je dis.

Quelles sont les premières choses que vous avez faites après le verdict du magistrat Raj Seebaluck ?

Je lui ai remercié après qu’il ait dit que c’est son dernier jugement, vu qu’il est maintenant Deputy Master and Registrar. C’est un jugement historique dans le sens le plus large du terme. Ensuite, je me suis dit qu’il y a encore des juges à Berlin comme l’écrivaient souvent deux colosses de la presse, le regretté Gérard Cateaux et mon petit frère, Gilbert Ahnee. Puis, je me suis rendu à la cathédrale Saint Louis et avec émotions j’ai dit tout simplement MERCI Jésus sans même pouvoir faire une prière car je pleurais à chaude larmes. Après la Cathédrale, j’ai téléphoné à Me Dick Ng Sui Wa pour lui dire qu’il a été hyper brillant et le remercier. Il a compris le message et m’a demandé de venir le rencontrer rapidement. Il était aussi émotionné que moi au téléphone. J’ai vite téléphoné à mon épouse et mes trois filles en commençant par la benjamine, celle qui a le plus souffert durant mon calvaire pour leur annoncer la nouvelle toujours en larmes. Avant d’aller rejoindre Dick, je suis parti au bureau d’un ami qui se reconnaîtra, un juriste chevronné qui m’a toujours soutenu depuis l’époque où le Mauritius Turf Club me donnait du fil à retordre alors que Sir Gaëtan Duval avait une écurie, puis chez mon autre avocat, Avineshwar Dayal. Je suis passé chez Nilkant Dulloo, qui je dois rappeler, était présent le jour de ma déposition dans le bureau de ASP Rajaram en compagnie de Rama Valayden et où la session avait failli se terminer en eau de boudin parce que Rajaram ne voulait pas du tout enregistrer ma réponse suivante à une de ses feux roulants de questions: « Faudré vrai même mo en gros imbécile pou mo dire Missié Gokool ki Lottotech pou paye li même si li perna ticket Lotto dans so la main. » Sa réaction m’avait laissé perplexe comme dirait son ami, le Dr Navin Ramgoolam.

Etes-vous amer aujourd’hui Stellio Antonio?

Je dirais oui et Non. Oui, contre ceux qui nous ont vilipendés, persécutés, humiliés et ignorés durant ces sept ans et demi. Là, je vous dirais surtout ces policiers du CID de Curepipe et ce journaliste qui se prend pour un matamore dans un quotidien qui m’a fait photographier sous tous les angles lors de ma comparution en Cour de Curepipe le 22 septembre 2013. Il a écrit des faussetés sur moi, oubliant même parfois mon prénom m’ayant été donné le jour de mon baptême. Qu’il sache que je suis passé par un test d’honnêteté, de crédibilité et de franchise et que j’ai obtenu la mention EXCELLENT et non lâche…

Les journalistes ne vous ont-ils pas soutenu ?

Je n’oublierais jamais ce que Jimmy Jean-Louis a fait pour moi dans les moments difficiles, notamment avec son soutien moral et pour m’aider à dire des vérités à certaines personnes qui ne connaissaient pas le fond de l’histoire. Il y a aussi eu un support important de Nawaz Noorbux, Santosh Ramdin, Henri Marimootoo et Kanen Chellumbrum. Merci à tous du fond du cœur.

On note que vous aviez démissionné de Lottotech. Pourquoi ce move ?

Vous savez, nombreux sont ceux qui me reprochent toujours d’avoir soumis ma démission. Il y a même des hommes de loi. Mais, moi je suis un homme de principe. Lottotech est une compagnie sérieuse et côtée à la bourse. C’est une compagnie mise sur pied par une famille noble, intègre et qui travaille dur, la famille Ah Teck. Elle m’avait fait confiance mais hélas il y a eu ce fameux tour de magie de la CID de Curepipe. Je ne pouvais rester attaché au poste de Public Affairs Manager.

J’ai expliqué la chose à ma femme et à ma fille ainée qui faisait son Bar à Birmingham après des brillants résultats à Kent en Grande Bretagne et à Bordeaux en France.  « Rajaram et consorts avaient mis une tache sur moi, zotte ti attache ene la queue fer blanc avec moi et je considère qu’il était inévitable que je démissionne de mon poste pour laisser Lottotech opérer sans qu’elle ne soit critiquée ou encore sans que Gamma Civic ne soit la cible de son adversaire principal sur le marché. »

C’était une décision dure à prendre puisque je savais que j’allais manger mon pain noir : neuf mois sans emploi et sans la moindre entrée de revenu. Dieu sait combien de misère, avec ma famille, on a passé sans compter les humiliations, quelques anciens collègues, des proches et quelques personnes que je pensais étaient des vrais amis. Bon, je pardonne et je regarde l’avenir autrement.

Mais, vous vous êtes reconstruit ?

Oui. Dieu merci avec l’accompagnement de la famille et des prêtres. Je suis profondément croyant. Puis, il y a eu mon recrutement par une Compagnie du grand entrepreneur, Bernard Li Kwong Ken comme Consultant en matière de PR – Communication. Nous avons travaillé sur le lancement de Flacq Cœur de Ville et le journal communautaire EST PRESSE que j’ai transformé en journal en ligne après la période de confinement. J’ai bougé de Curepipe pour Poste de Flacq. Humblement, nous sommes heureux d’autant que nous ayons des bons voisins et des chiens vraiment fidèles.

Comment s’est passé votre premier week-end après votre calvaire ?

Samedi matin, j’ai parlé un peu avec mon grand ami qui est aussi consultant dans notre journal, EST PRESSE, Jean Philippe Lagane. Puis, une cousine d’Eau Coulée, c’était la visite au cimetière Saint Jean puis à celui de Bigara. Dans l’après-midi, nous avons fait une sortie en famille dans le sud en compagnie de mon beau-frère et de ma belle-sœur préférée, Stéphane et Jennifer. Dimanche, j’ai assisté à la messe à la chapelle Notre Dame du Mont Carmel à Chemin Grenier et j’ai pris du temps pour rendre grâce à Dieu avant de prier pour les policiers qui ont tout fait pour me clouer au pilori pour me finir. J’ai demandé au Seigneur de les aider à devenir bons et à ne plus faire des innocents devenir des coupables. Mon grand ami, Sir Gaëtan Duval disait toujours que c’est préférable d’avoir 100 coupables en liberté qu’un innocent en prison. J’étais un fervent partisan de la peine de mort, mais maintenant, je me joins à cette lutte contre la peine de mort. Imaginez un coup que ces policiers m’apportaient sous la guillotine alors que je suis innocent.

What’s next ?

Une visite et avec le jugement en main, un rapport officiel à l’Independent Police Complaints Commission en compagnie de mes hommes de loi. Autant le public doit toujours bien se comporter et respecter l’autorité, autant cette poignée de policiers doit éviter d’être perçu comme des bandits et travaille pour se faire respecter. Do not treat innocent people in a way you would not appreciate seeing people treating you or your loved ones. Enough is enough.

Votre dernier mot ?

Je remercie tous ceux qui ont cru en moi. J’aurais tant aimé de pouvoir participer à une session de formation en faveur de ces policiers qui m’ont fait tant souffrir. Je serais ravi de pouvoir leur donner un cours de bonne manière, de franchise et de courtoisie à la police training school. Je prierais pour eux pour qu’ils changent leur manière de faire. Ensuite, je vous dirais en toute humilité que Mahatma Gandhi, Nelson Mandela, Paul Bérenger, Gaëtan Duval ont aussi fait de la prison. Je suis en mesure de vous dire ce que cela fait d’être libre et qu’il faut qu’on lutte toujours pour que les innocents soient toujours en liberté et que la vendetta de certains policiers ne soit plus d’actualité.

Posted by on Jan 24 2021. Filed under Actualités, Edito, En Direct, Faits Divers, Featured. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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