Jocelyn Chan Low, historien et observateur politique : “Avec une opposition désespérément divisée, Pravind Jugnauth a toutes les cartes en main pour un renouvellement de son mandat”



  • « Toute fragmentation de l’opposition ne peut que profiter à PJ, le système de ‘First Past The Post’ aidant »
  • « Le chef du gouvernement reste le maître du jeu en raison de l’incapacité de l’opposition à se fédérer et à présenter une alternative crédible »,
  • « L’arrivée de Nando Bodha au sein de l’« Entente de l’Espoir » ne peut que nuire aux ambitions, d’ailleurs légitimes, de Madun Dulloo »

Dans une interview accordée, vendredi 1er octobre 2021 à l’hebdomadaire, Mauritius Times, l’historien et l’observateur politique mauricien, Jocelyn Chan Low, a effectué une analyse profonde et a exprimé son point de vue sur ce qui se passe sur la scène politique, plus particulièrement les démissions du MMM, l’Entente de l’Espoir, l’opposition (l’alliance regroupant le MMM, PMSD, Reform Party et Rassemblement Mauricien de Nando Bodha sans le Parti Travailliste), ainsi que les prochaines élections municipales.

Concernant les démissions du MMM, Jocelyn Chan Low dira que tout cela est du déjà vu et personne n’est dupe. Il faut souligner que cette pratique remonte à bien avant les élections générales de 2014. En outre, il soutient ceci : « Il est évident que le MMM, depuis quelque temps, passe par une phase difficile de son histoire. Au fil des années, il y a eu une dissociation croissante entre le MMM et la masse de son électorat et, ensuite, avec une partie de ses ‘militants coltar’. Cela est dû à plusieurs raisons, notamment l’abandon de la lutte des classes et de tout ancrage au niveau syndical, et sa transformation en un parti strictement parlementaire traditionnel, jouant le jeu de l’’ethnic politics’ comme l’exige le système. Le résultat est que l’activisme du début, qui avait grandement contribué à son essor, n’y est plus et un grand nombre de cadres du parti sont partis ailleurs et la relève est relativement timide ».

L’observateur politique soutient aussi que les seules initiatives que prenne le leadership restent au niveau des alliances et du Parlement. « Alors que la rue gronde et que la contestation s’amplifie sur les réseaux sociaux, le parti reste relativement effacé. Et la base du MMM s’est beaucoup rétrécie au fil des années. On connaît les difficultés que le parti avait éprouvé pour mobiliser ses militants dans le cadre des élections générales de 2019. En fait, on est très loin de la machinerie du MMM que j’ai connue de l’intérieur dans les 70 et 80 », dira l’historien.

Et d’ajouter que : « Le MMM s’appuie beaucoup sur son passé glorieux, héroïque des années de braise. Mais de 1970 à 2021, cela fait plus de 50 ans. Et la génération d’aujourd’hui vit dans l’immédiateté. Que peut lui offrir ce parti ? Revoir son offre politique pour le 21e siècle est une question quasi-existentielle pour le MMM s’il ne veut pas se retrouver dans la catégorie des ‘has been’ ».

D’autre part, l’historien estime que toute entente ou alliance entre les partis politiques entraîne automatiquement des frustrations et des déceptions. « A Maurice, le ‘front bench’ d’un parti ou d’une alliance est déterminé par le souci de la représentation ethnique, voire sous ethnique – symbolique de telle personnalité. Evidemment, l’arrivée par exemple de Nando Bodha ne peut que nuire aux ambitions, d’ailleurs légitimes, de Madun Dulloo. Ce fait a été à l’origine d’un grand nombre de crises et de dissidences au sein du MMM dans le passé », a-t-il soutenu.

Concernant l’Entente de l’Espoir, Jocelyn Chan Low affirme que la base militante n’a pas été consultée au sujet de cette Entente parce que le regroupement ne constitue pas une alliance. « Il n’y a pas eu d’Assemblée de délégués pour trancher la question. Mais je doute fort que les militants y soient opposés — le MMM ayant travaillé avec le PMSD de Maurice Allet durant des années alors que Roshi Bhadain est une valeur sûre de l’opposition. Quant à Nando Bodha, autant que je le sache, il n’a pas été pressenti comme un dirigeant d’une quelconque alliance… », indique-t-il.

Selon les explications de l’observateur politique, toute fragmentation de l’opposition ne peut que profiter à Pravind Jugnauth, le système de ‘First Past The Post’, aidant.

De plus, il maintient que Pravind  Jugnauth reste le maître du jeu malgré l’impopularité grandissante du régime, notamment en raison des conséquences économiques et sociales de la Covid-19 et les diverses ‘affaires’. « Mais cela est grandement dû non seulement à l’incapacité de l’opposition à se fédérer et à présenter une alternative crédible mais aussi du fait que les anciens s’accrochent…”, ajoute-t-il.

Dans un autre ordre d’idées, l’observateur politique s’est appesanti sur le fait que les prochaines élections municipales seront très importantes par rapport à l’évolution politique du pays ! « Le Gouvernement, bien qu’il contrôle les municipalités, part à ces élections en tant que challenger, du fait qu’aux dernières élections générales, ce sont les partis de l’opposition qui avaient remporté une majorité de sièges dans les circonscriptions urbaines. Et en outre, on verra si l’opposition pourra présenter un front uni face au régime en place. De même, on connaîtra le poids électoral des nouveaux partis. Cela dit, il y a un facteur qui risque de brouiller les cartes : le taux d’abstention. En général, il tourne autour de 50%. Qu’en sera-t-il en temps de pandémie ? Reste à voir… », estime-t-il.

Posted by on Oct 12 2021. Filed under Actualités, En Direct, Featured, Politique. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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