Hausse du prix du baril du pétrole Rajiv Servansingh : “Il faut reconnaître qu’il y a des limites dans l’effort financier que peut faire le gouvernement et la State Trading Corporation”…
“Ce qui est important, c’est comment balancer les augmentations
des prix et gérer la situation en gardant en tête les effets inflationnistes
d’une augmentation des prix pétroliers”, soutient-il
En raison de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, la hausse du prix des barils
de pétrole a fait vivement réagir les observateurs politiques, les économistes et
les représentants des différents organismes et secteurs du pays. Car au début de
cette semaine, le prix du pétrole représentait 139 dollars par baril. De ce fait, le
WW2 prix du pétrole, soit au niveau international, a atteint un record depuis 14
ans et le gouvernement n’épargne aucun effort pour contribuer à hauteur de Rs
6.50 par litre d’essence afin de soulager les consommateurs.
Sollicité par Le Xournal, le General Manager de la State Trading Corporation
(STC), Rajiv Servansingh a d’abord expliqué que le prix du baril du pétrole a
frôlé les 140 dollars dans le courant de la journée de lundi. A cet effet, il a
soutenu qu’il faut comprendre que le prix des produits pétroliers aujourd’hui est
largement influencé par des événements liés à la guerre entre la Russie et
l’Ukraine.
Dans ce contexte, dira le General Manager de la STC, chaque déclaration et
événement influent sur les prix. “C’est ainsi que la déclaration du Président
des Etats-Unis, Joe Biden, concernant une éventuelle interdiction de
l’importation des produits pétroliers de la Russie a provoqué immédiatement
une hausse de 15 à 20 dollars sur le prix du baril du pétrole. C’est qu’on
appelle dans le langage du marché un ‘risk premium’, c’est-à-dire un risque lié
à la peur et au sentiment du marché”, a-t-il dit.
Subir les aléas
Rajiv Servansingh a ainsi souligné qu’en bref, le résultat pour un pays comme
Maurice, “c’est que nous subissons ces aléas et devons donc acheter nos
produits pétroliers à des prix de plus en plus exorbitants. C’est ainsi que quand
nous avons ajusté les prix le 29 décembre dernier, le baril du pétrole se vendait
à Rs 77 dollars. Or, aujourd’hui, comme nous le savons, il est passé à plus de
130 dollars le baril. Ce qui est important, c’est comment balancer les
augmentations des prix et gérer la situation en gardant en tête les effets
inflationnistes d’une augmentation des prix pétroliers”, a-t-il maintenu.
Le Directeur Général de la STC a aussi déclaré qu’il faut reconnaître qu’il y a
des limites dans l’effort financier que peuvent faire le gouvernement et la State
Trading Corporation.
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2 e texte
Eric Ng, économiste :
“ Au cours des prochaines semaines, voire des prochains mois, on pourrait
prévoir une pénurie des alimentaires”
· “La hausse des prix serait principalement due à la guerre entre la
Russie et l’Ukraine”, soutient-il
Mettant l’accent sur la hausse du prix du pétrole par baril, l’économiste, Eric Ng
explique qu’au cours des prochaines semaines et mois à venir, on doit prévoir
une pénurie des alimentaires, qui pourrait entraîner une hausse des prix. Il a
ainsi ajouté qu’il est évident que le coût de la vie connaîtrait une hausse au
cours de cette année.
Impact sur le public mauricien
Soulignant que cette hausse est principalement due en raison de la guerre entre
la Russie et l’Ukraine, l’économiste a fait ressortir que ces deux pays
contribuent 30% du marché de blé. Il a ainsi affirmé qu’il pourrait avoir une
pénurie des aliments en Europe en raison de la hausse des prix des produits
pétroliers. · “Les Européens pourraient subir une baisse du pouvoir d’achat”,
a-t-il dit.
Eric Ng a ainsi laissé entendre que les Européens pourraient ne pas avoir les
moyens pour voyager, eu égard aux prix des billets d’avion, ce qui pourrait
entraîner un impact sur le public mauricien en général ainsi que tous les secteurs
concernés dans notre pays.
Rôle du Monetary Policy Committee
D’autre part, en ce qui concerne le taux directeur qui est resté inchangé à 1,85%
depuis avril 2020 et une tendance inflationniste qui perdure dans le pays, il a
laissé entendre que le Monetary Policy Committee (MPC) maintiendra le statu
quo. Cependant, dira-t-il, à son avis, le taux doit être augmenté de 50 points de
base. “Ce sera une manière d’envoyer un signal fort à la population que la
Banque Centrale se préoccupe de la situation inflationniste”, a-t-il ajouté.
Par ailleurs, l’économiste a soutenu qu’en réalité, le taux d’inflation serait déjà
aujourd’hui à deux chiffres, contrairement au taux officiel annoncé. “La Banque
de Maurice doit donc montrer qu’elle vise à renverser cette tendance. Il faudra
que la révision du taux directeur se fasse par 50 points de base et non par le
minimum autorisé, soit 25 points de base. Aussi, il convient de préciser qu’une
augmentation par 50 points de base ne combattra pas l’inflation du jour au
lendemain”, estime-t-il.
Croissance et l’inflation
Dans la foulée, Eric Ng a déclaré que ce n’est pas à la Banque de Maurice de
favoriser la croissance, mais de combattre l’inflation. “ La croissance concerne
des facteur
s réels et structurels, comme l’investissement ou la confiance. Il ne
faut pas oublier que le taux directeur a été réduit par 150 points de base depuis
le début de la pandémie à Maurice. Aujourd’hui, nous devons rattraper ce
retard et instaurer une politique de normalisation des taux d’intérêts”, a-t-il
indiqué.
Toutefois, l’économiste a également soutenu que selon son avis, une hausse par
50 points de base ne sera pas suffisante. “A moyen terme, il faudra le réviser
par au moins 150 points. La Banque Centrale des Etats-Unis augmentera le
taux directeur par au moins 250 points de base à moyen terme”, a-t-il fait
ressortir.
Baisse du pouvoir d’achat
S’agissant du risque qui pourrait affecter les emprunteurs des prêts bancaires,
Eric Ng a fait comprendre qu’il est clair que ceux, qui ont emprunté auprès des
banques sur des taux variables, seront affectés.
Cependant, il a souligné ceci : “ Comme je l’ai mentionné plus haut, le MPC a
diminué le taux directeur depuis l’arrivée de la Covid-19. Nous faisons face à
une dépréciation de la valeur de notre monnaie et une baisse du pouvoir
d’achat. Entre-temps, la Bank of England a haussé son taux directeur à deux
reprises”.
Poursuivant, Eric Ng a ajouté que c’est le même constat dans les pays
développés. “ Certains pays émergents emboîtent également le pas depuis
l’année dernière. Quant à la Banque de Maurice, elle est toujours “behind the curve”. Sans la crise, il aurait fallu augmenter le taux directeur par 100 points
de base”, a-t-il conclu.
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L’endettement des ménages se chiffre à Rs 127 milliards
Et dans ce scénario catastrophique, hors de contrôle du gouvernement,
l’endettement des ménages est des plus inquiétant. En effet selon le dernier
rapport du Bureau des Statistiques, il se chiffre à hauteur de Rs 127 milliards.
Les familles doivent absolument contrôler leurs dépenses mais surtout, limiter
les achats inutiles et les crédits.
Il y a eu ensuite la pandémie de la Covid-19, qui a littéralement tué le secteur du
tourisme, dont le nombre de visiteurs est passé de 1,4 million en 2020 à 310 000
l’année suivante. Pour couronner la série, Vladimir Poutine, l'homme fort du
Kremlin, a ajouté à cette liste les affects de la guerre qu’il a provoqué avec
l’Ukraine, ce qui se manifestera surtout au niveau de la hausse du prix des
carburants.
On sait que les Mauriciens sont plus prudents et responsables dans leurs achats
aujourd’hui. Ils savent que les lendemains peuvent être difficiles. Ils préfèrent
acheter utile. De toute façon, le Mauricien moyen doit gérer son pouvoir
d’achat, ce qui réduit forcément sa marge de manœuvre quant à ses possibilités
de dépenser, même si la tentation d’acheter à crédit est forte.












