NECROLOGIE – Le grand Luc Legris s’en est allé…
Certes, la jeune génération ne le connaît pas ou presque. Mais ceux ayant aujourd’hui plus de 55 ans se rappelleront de lui, de sa belle voix comme le meilleur commentateur des courses hippiques que la MBC n’ait jamais connu. Luc Legris, c’est de lui qu’il s’agit, faisait partie de la génération des grands de la MBC comme les regrettés Jean Roland Delaître, Sylvio Hécube, Noël Sooriah. Luc, comme nous l’appelions affectueusement, c’est un peu les derniers des Mohicans de la MBC qui s’en est allé vendredi dernier. Ces amis l’ont rencontré pour la dernière fois lundi, soit, le jour de l’Assomption pour la cérémonie funéraire avant qu’il ne soit transporté dans sa maison de repos éternel. Une cérémonie empreinte de fortes émotions à l’église Notre Dame du Rosaire à Quatre Bornes que le Père Eddy Coosnapen officiait.
Luc, était évidemment notre camarade, un guide aussi, rencontré pour la deuxième fois à son retour au pays, lorsqu’il prit de l’emploi comme Freelance Proof Reader à Turf Magazine. La première fois c’était dans les couloirs de la MBC à la rue Pasteur en compagnie du regretté, Satish Ruhee, lorsque nous allions participer et gagné les Rs 50.- d’une édition du fameux Quiz de Max Moutia à la rue Pasteur. Comme nous avions cette responsabilité de diriger l’équipe rédactionnelle de Turf Magazine, nous avions affaire à ce grand Monsieur, dont le français – parlé et écrit – a toujours été plus que parfait, impeccable même.
C’était un bonheur et un honneur de l’avoir eu avec nous, d’être en sa compagnie, de travailler à ses côtés, surtout les jeudis jusqu’à fort tard et le lendemain. Homme brillant, cultivé, d’une grande intelligence, brillant, bon parleur avec ses blagues et ses anecdotes les unes plus croustillantes que les autres, gentil, courtois, aimable, sympathique, galant, honnête, et surtout grand travailleur, il nous a émerveillé en tout temps. Souvent, il venait à la rue Saint Georges pour prendre les textes imprimés pour une première correction les lundis après-midi. De plus, il nous arrivait aussi de les déposer avec lui à son appartement, à Quatre Bornes. C’était alors, le temps d’une bonne conversation avant de regagner Curepipe – Road. Le lendemain, on avait des textes neat, clean et sans fautes. Ce qui était aussi formidable avec lui, c’est qu’il lui arrivait parfois de nous expliquer le pourquoi d’un changement d’une tournure de phrase, d’une question ou d’une correction de vocabulaire. Il était méticuleux comme Proof Reader. Ce qui est du reste, la plus grande qualité d’un correcteur, nous disait souvent les regrettés Henri Brunel et Lucien Masson aussi. Je me faisais toujours un devoir de recommander fortement à mes collègues d’alors de ne pas mettre Luc en colère, car il aimait afficher toujours la bonne humeur. Mes anciens collègues, Jacques Auckhaya, Stéphane Renaud et Nicolas Jean Louis qui travaillaient alors dans le même bureau que lui, ne diront jamais le contraire.
Depuis notre départ du groupe Le Mauricien après 27 ans de dur labeur, nous l’avons revu plusieurs fois à Quatre Bornes et à Rose Hill. Les conversations tournaient évidemment autour de son état de santé puisque, plus jeune, il m’avait raconté qu’il avait des ennuis à la gorge et d’ailleurs, souvent après un repas ou un partage d’un gâteau, nous disait-il en riant, comme pour expliquer son pépin « bien mangé, merci mais tu sais Stellio, je ne vais pas te dire que ce n’était pas bon, mais le goût n’était pas à mon goût parce que je n’ai pas trop le goût. Kan mem vant finn ranpli ».
Au moins trois fois, il m’avait demandé pourquoi je ne retournais pas dans le monde hippique après mon départ du groupe Le Mauricien. Je lui disais que les offres, alléchantes étaient là, mais que sur une question de principe et par respect vis-à-vis de mon ancien employeur, je me suis promis d’y rester loin et que c’est une promesse à laquelle j’y tiens énormément. Surtout après la mort de mon grand ami de l’express-Turf, Eric Betsey.
En dehors de sa passion pour les courses, Luc s’était investi dans le théâtre et l’opéra pendant trois à quatre saisons avec ses trois bons amis, (les nôtres aussi), le regretté Jean Roland Delaitre, que j’ai beaucoup assisté dans sa maladie jusqu’à la veille de son grand départ à l’hôpital Victoria, François Wong que j’ai revu avec plaisir lundi à Notre Dame du Saint Rosaire lundi et Jean Claude Foo Kune qui a conversé avec moi au téléphone hier. Son équipe a fait venir des célèbres troupes européennes dans le pays pour plaire à une partie de la population amoureux du théâtre et de l’opéra et à chaque fois le succès était retentissant. Luc n’est plus. Il a demandé de remercier le bon Dieu pour la vie qui lui a été offerte pendant les 90 ans qu’il a vécu sur cette terre. Une vie bien remplie. Les indispensables sont au cimetière disait-il souvent. C’est vrai. Mais, beaucoup restent inoubliables. Parmi, je citerais volontiers Luc. Cheers my friend Luc !
STELLIO ANTONIO












