Au Japon, dernier hommage et des funérailles nationales controversées pour Shinzo Abe
Les Japonais se sont recueillis, mardi matin, jour des funérailles nationales de l’ancien Premier ministre assassiné Shinzo Abe, en présence de nombreux dignitaires étrangers. Des funérailles au coût élevé boycottées par l’opposition.
Les funérailles nationales controversées de l’ancien Premier ministre japonais assassiné Shinzo Abe ont commencé mardi 27 septembre à Tokyo vers 14 h locales (5 h GMT) avec l’arrivée sur le site de la cérémonie de la veuve du défunt, portant l’urne funéraire de son mari.
Vêtue d’un kimono noir et accueillie par le Premier ministre japonais en exercice Fumio Kishida, Akie Abe a apporté l’urne contenant les cendres de son mari au Nippon Budokan, le lieu des funérailles, devant plusieurs milliers d’invités de marque japonais et étrangers.
L’empereur du Japon Naruhito et son épouse Masako ne sont pas présents, du fait de leur statut de symboles nationaux politiquement neutres, mais d’autres membres de la maison impériale y assistent.
Parmi les hôtes étrangers figurent la vice-présidente américaine Kamala Harris, le Premier ministre indien Narendra Modi et son homologue australien Anthony Albanese. La France est quant à elle représentée par son ancien président Nicolas Sarkozy.
La Chine, avec laquelle le Japon entretient des relations fraîches, a envoyé un représentant mais pas de membre de son exécutif.
60 % des Japonais contre des funérailles nationales
De nombreux citoyens ordinaires faisaient la queue pour déposer des gerbes de fleurs et se recueillir brièvement devant un portrait d’Abe installé dans une tente près du Nippon Budokan, haut lieu de compétitions d’arts martiaux, de concerts et de cérémonies officielles au cœur de la capitale japonaise.
“Je voulais remercier (Abe, NDLR). Il a fait tellement pour le Japon (…) et la façon dont il est mort était tellement choquante”, a déclaré à l’AFP Koji Takamori, un entrepreneur de 46 ans venu exprès de l’île d’Hokkaido (nord du Japon) avec son fils de 9 ans. “Mais pour être honnête, je suis aussi venu parce qu’il y a eu tellement d’opposition” à ces funérailles nationales, a-t-il ajouté. Cet événement est en effet loin d’être un moment d’union sacrée au Japon, ayant suscité d’intenses controverses et des manifestations ces dernières semaines.
La décision rapide et unilatérale de Fumio Kishida d’organiser des funérailles nationales a indigné l’opposition qui estime que cela aurait dû être débattu et approuvé au Parlement. Plusieurs partis d’opposition boycottent la cérémonie. Des hommages de ce type pour des responsables politiques sont rarissimes au Japon depuis l’après-guerre, le seul précédent remontant à 1967.
Le coût estimé de la cérémonie – l’équivalent de 12 millions d’euros – a aussi irrité. Après les défaillances de la protection rapprochée d’Abe, le gouvernement n’a pas lésiné sur la sécurité : 20 000 policiers devaient être déployés selon les médias locaux.
Des manifestations pacifiques contre l’événement ont parfois réuni plusieurs milliers de personnes ces dernières semaines et un nouveau rassemblement était prévu mardi devant le Parlement. Un homme a aussi tenté de s’immoler par le feu près des bureaux du Premier ministre la semaine dernière pour protester contre l’hommage national, selon les médias locaux. Selon les derniers sondages, environ 60 % des Japonais sont opposés à ces funérailles nationales.