En dépit des critiques, Madagascar monte en puissance dans les terres rares
A Madagascar, le secteur minier représente 4,6 % du PIB et près de la moitié des exportations. Alors que les autorités veulent augmenter cette contribution économique, l’exploitation des terres rares constitue l’un des leviers envisagés, malgré les critiques sur son impact environnemental.
Harena Rare Earths prévoit de lancer en 2027 la construction de sa mine de terres rares à Madagascar. L’annonce faite lundi 26 janvier par la compagnie britannique intervient quelques jours après la publication d’une étude de faisabilité actualisée pour un autre projet de terres rares sur la Grande Ile. Malgré la levée de boucliers suscitée localement par cette perspective, Madagascar prépare lentement, mais sûrement, l’exploitation de ses gisements de terres rares.
Harena Rare Earths est née de la fusion en 2023 entre l’australien Harena Resources, détenteur de 75 % d’intérêts dans le projet malgache de terres rares Ampasindava, et le britannique Citius Resources. En août 2025, cette nouvelle entité a acquis les 25 % d’intérêts restants. Selon l’étude de préfaisabilité qu’elle a publiée ce lundi, Harena Rare Earths veut construire une mine capable de livrer 71 000 tonnes d’oxyde de terres rares (TREO) sur 20 ans. L’investissement initial nécessaire est estimé à 142 millions de dollars, récupérable au bout de cinq ans.
Dans le scénario de base, Ampasindava affiche une valeur actuelle nette après impôts de 464,3 millions USD, avec un taux de rentabilité interne de 27 %. Il peut générer des flux de trésorerie après impôts de 2,6 milliards de dollars sur sa durée de vie de 20 ans. Alors qu’une optimisation de ces résultats est attendue dans le cadre d’une prochaine étude de faisabilité, l’autre projet phare pour l’exploitation des terres rares à Madagascar a déjà franchi cette étape.
Il s’agit du projet Vara Mada (anciennement dénommé Toliara), développé par la société américaine Energy Fuels. Une découverte de monazite, minerai contenant des terres rares, a été annoncée en 2023 sur ce projet, d’abord connue pour ses réserves de sables minéraux (ilménite, zircon et rutile). Selon une étude de faisabilité publiée début janvier 2026, la future mine Vara Mada peut livrer annuellement 24 000 tonnes de monazite sur 38 ans. 27 % des revenus attendus du projet proviendront de la vente de cette production de terres rares.
L’impact environnemental critiqué
Les terres rares sont un groupe de 17 métaux essentiels dans la transition énergétique et dont la demande est en hausse. La Chine domine l’approvisionnement mondial et n’hésite pas à utiliser cette position comme arme dans sa guerre commerciale avec les Etats-Unis ou l’Europe. Alors que les pays occidentaux sont à la recherche d’alternatives à Pékin, les projets annoncés à Madagascar peuvent positionner la Grande Ile comme l’une des nouvelles sources africaines d’approvisionnement. Cela peut aussi augmenter les revenus générés par le secteur minier malgache, qui représente 4,6 % du PIB et 49 % des exportations en 2023.
Les retombées économiques éventuelles des deux projets sont néanmoins contrebalancées par leur impact environnemental. L’extraction des terres rares, qui portent ce nom parce que les métaux contenus ne sont disponibles qu’en d’infimes quantités, est en effet très polluante, avec de potentiels rejets de solutions chimiques dans les nappes phréatiques. Dans la roche, les terres rares cohabitent aussi avec du thorium et de l’uranium, deux matières premières radioactives.
Sur la presqu’île d’Ampasindava, des habitants, des élus locaux et des organisations de la société civile dénoncent les traces laissées par les précédentes phases d’exploration et redoutent une reprise à plus grande échelle. Dans un reportage du journal français Le Monde en 2023, ils évoquent des terrains agricoles perturbés par des forages, des promesses sociales non tenues et la remise en question du modèle de développement reposant largement sur l’agriculture et les ressources marines. L’exploitation minière pourrait fragiliser durablement les moyens de subsistance et la biodiversité, sans bénéfices proportionnés pour les populations riveraines.
Harena Rare Earths a entamé le processus d’octroi d’un permis d’exploitation minière pour son projet de terres rares, alors qu’Energy Fuels discute des conditions fiscales entourant son projet avec les autorités malgaches. Les prochains mois permettront de situer la manière dont le gouvernement prend en compte les préoccupations des populations dans les négociations.












