L’Afrique de l’Ouest devient un nouveau débouché pour le diesel indien
L’interdiction par l’Union européenne d’importer des carburants raffinés à partir de pétrole russe modifie les circuits mondiaux du diesel. Privée du marché européen, l’Inde redirige désormais ses exportations vers l’Afrique de l’Ouest.
L’Inde a cessé ce mois de janvier d’exporter du diesel vers l’Union européenne, et a simultanément expédié des volumes records vers l’Afrique de l’Ouest. C’est ce que montrent de nouvelles données de suivi maritime des sociétés spécialisées dans l’analyse des flux mondiaux de pétrole, de gaz et de produits raffinés Kpler et Vortexa. Cette évolution est liée à l’entrée en vigueur d’une nouvelle réglementation européenne interdisant l’importation de carburants produits à partir de pétrole russe.
Jusqu’à présent, l’Inde et la Turquie achetaient massivement du brut russe à prix réduit, le raffinaient en diesel, puis exportaient ce produit vers l’Europe. La nouvelle règle impose désormais qu’une raffinerie n’ait utilisé aucun pétrole russe dans les soixante jours précédant la date d’embarquement d’une cargaison, pour pouvoir l’exporter vers l’Union européenne, à moins qu’elle soit capable de séparer physiquement les flux de brut russe des autres approvisionnements.
En 2025, le pétrole russe représentait 30 % des importations maritimes de brut de l’Inde et 48 % de celles de la Turquie, selon Kpler. L’Inde, qui exportait en moyenne 137 000 barils par jour de diesel vers l’UE en 2025, n’a envoyé aucune cargaison vers le bloc en janvier 2026. La Turquie a de son côté réduit ses exportations vers l’UE à environ 45 000 barils par jour en janvier, contre une moyenne de 87 000 barils par jour l’an dernier.
Certaines usines restent directement concernées par cette nouvelle contrainte, notamment la raffinerie Star, propriété du groupe azerbaïdjanais Socar, qui a continué d’importer du brut russe en janvier. En Inde, Reliance était jusqu’ici le principal exportateur de carburants vers le marché européen.
Fermer la brèche des sanctions contre le pétrole russe
L’objectif de l’Union européenne est de fermer une brèche dans son dispositif de sanctions contre Moscou, mis en place après l’invasion de l’Ukraine en 2022. Jusqu’ici, les produits raffinés à partir de brut russe pouvaient entrer sur le marché européen dès lors qu’ils avaient été transformés hors de Russie. Cette pratique permettait indirectement au pétrole russe de continuer à alimenter l’Europe sous forme de carburants raffinés.
La nouvelle réglementation force désormais les raffineries indiennes et turques à arbitrer entre la poursuite de leurs importations de brut russe et la conservation de leur accès au marché européen. Selon l’analyste Clare Morris d’Energy Aspects, cette évolution entraîne un rééquilibrage des flux mondiaux, avec davantage de diesel indien orienté vers l’Afrique et une augmentation des approvisionnements européens en provenance des États-Unis et du Moyen-Orient.
Les exportations indiennes de diesel vers l’Afrique de l’Ouest ont atteint un niveau record en décembre 2025, à environ 155 000 barils par jour, et devraient rester élevées en janvier 2026, autour de 84 000 barils par jour. Cette recomposition des échanges illustre la capacité des sanctions européennes à remodeler les routes énergétiques mondiales, sans toutefois réduire immédiatement les volumes globaux échangés. L’Afrique occidentale devient ainsi un débouché stratégique pour le diesel indien, tandis que l’UE réoriente ses approvisionnements vers des fournisseurs compatibles avec son cadre réglementaire.












