Internet mobile : 820 millions d’Africains sont couverts mais restent déconnectés
Le réseau est là, les utilisateurs beaucoup moins. En Afrique subsaharienne, 820 millions de personnes vivent désormais dans une zone couverte par le haut débit mobile sans pour autant l’utiliser, selon la GSMA. Derrière ce gigantesque marché potentiel, le prix des smartphones et des données s’impose comme l’un des principaux verrous à lever.
C’est un paradoxe qui résume à lui seul une bonne partie du défi numérique africain. En Afrique subsaharienne, 820 millions de personnes vivent sous couverture d’un réseau mobile à haut débit, mais n’utilisent pas l’Internet mobile. Elles représentent 66 % de la population de la région, selon l’édition 2026 du State of Mobile Internet Connectivity de la GSMA.
À côté, le déficit d’infrastructures paraît presque secondaire : environ 110 millions de personnes, soit 9 % de la population, vivent encore hors de portée du haut débit mobile. Quant aux utilisateurs de l’Internet mobile sur leur propre appareil, ils ne représentent que 25 % de la population.
Autrement dit, l’Afrique subsaharienne couvre beaucoup plus qu’elle ne connecte.
Le phénomène est mondial, mais il atteint dans la région une ampleur sans équivalent. Sur les 3,4 milliards de personnes qui n’utilisent toujours pas l’Internet mobile dans le monde, plus de 90 % sont déjà couvertes par un réseau. Le déficit mondial de couverture est tombé à 3 % de la population, tandis que celui d’usage atteint encore 38 %.
Le smartphone, premier verrou
Pour les opérateurs, l’équation devient plus complexe. Déployer une antenne supplémentaire ne suffit plus nécessairement à gagner un nouvel abonné Internet.
La GSMA identifie deux obstacles majeurs parmi les personnes qui connaissent l’Internet mobile mais ne l’utilisent pas : l’accessibilité financière, particulièrement celle du terminal, et le manque de compétences numériques. Le problème du prix des téléphones est d’ailleurs plus fréquemment cité en Afrique subsaharienne que dans les autres régions.
Le niveau de revenu donne la mesure du problème. Dans les pays à revenu faible et intermédiaire, un téléphone d’entrée de gamme permettant d’accéder à Internet représentait, fin 2025, 44 % du revenu mensuel moyen des 20 % les plus pauvres. En Afrique subsaharienne, cette proportion atteignait 76 %. Selon la GSMA, ramener le prix d’un appareil d’entrée de gamme à 30 dollars pourrait le rendre abordable pour jusqu’à 1,6 milliard de personnes, contre environ 2,2 milliards avec un prix de 20 dollars. Mais la hausse attendue du coût de la mémoire pourrait rendre cet objectif encore plus difficile à atteindre.
Et acheter le téléphone ne règle qu’une partie de l’équation. En Afrique subsaharienne, un forfait de 20 Go équivaut à environ 14 % du revenu mensuel moyen, cinq fois la médiane des pays à revenu faible et intermédiaire. Pour les 20 % les plus pauvres, son coût approche 44 % du revenu mensuel.
Des réseaux plus rapides, mais pour qui ?
Ce décalage intervient au moment où l’industrie mondiale change déjà de génération. La 5G couvre désormais 57 % de la population mondiale, soit 4,7 milliards de personnes, après avoir gagné 690 millions de personnes supplémentaires en 2025. La 4G atteint, elle, 94 % de la population. Dans le même temps, les débits descendants ont progressé de 22 % en un an et la consommation moyenne de données est passée de 12 à 13,5 Go par connexion et par mois.
Pour l’Afrique subsaharienne, le contraste est saisissant : alors qu’une partie du marché mondial investit désormais dans la vitesse et les nouveaux usages permis par la 5G, la région doit encore résoudre l’équation économique permettant à une grande partie de sa population d’utiliser les réseaux déjà disponibles.
820 millions de clients potentiels
Pour l’industrie, ce retard représente aussi un marché considérable. Le Nigeria concentre à lui seul environ 140 millions de personnes dans ce déficit d’usage, devant l’Éthiopie avec 100 millions, la RDC avec 60 millions et la Tanzanie avec 50 millions. Le Kenya et l’Ouganda en comptent chacun environ 40 millions.
Cette réserve de croissance devient d’autant plus stratégique que l’adoption ralentit. En 2025, 160 millions de nouveaux utilisateurs ont accédé à l’Internet mobile sur leur propre appareil dans le monde, contre 190 millions un an auparavant. Une tendance qui place les marchés encore faiblement pénétrés au centre des prochains relais de croissance de l’industrie.
L’enjeu est d’ailleurs au-dessus des seuls opérateurs télécoms. Chaque nouvel utilisateur connecté est aussi un client potentiel pour le mobile money, les fintech, l’e-commerce, les plateformes numériques ou les services publics dématérialisés. Pour toute cette économie, les 820 millions d’Africains déjà à portée d’un réseau constituent donc un marché potentiel exceptionnel.
Mais entre couverture théorique et marché réellement adressable subsiste une contrainte décisive : le revenu. Les réseaux africains ont des centaines de millions de clients potentiels à portée de signal. Il reste à les mettre à portée de prix.












