Europe…Le Canada « membre associé » de l’UE « Un moment électrisant »
Qu’Ursula von der Leyen salue chaleureusement Mark Carney n’a surpris personne au Parlement européen : la visite du premier ministre canadien était attendue depuis longtemps. Mais la présidente de la Commission européenne a pris tout l’hémicycle de court en prononçant deux mots inattendus : « membre associé ».
« Nous voulons élever les relations avec le Canada au plus haut niveau possible », venait de déclarer en anglais la cheffe de l’exécutif européen, lors de son discours annuel sur l’état de l’Union. « Je voudrais donc œuvrer avec vous, Mark [Carney], à la possibilité pour le Canada de devenir le premier membre associé de l’UE », a-t-elle poursuivi, suscitant un tonnerre d’applaudissements.
« C’était un moment électrisant », raconte à La Presse Veronika Cifrová Ostrihoňová, une eurodéputée slovaque du groupe centriste Renew. « Au moment où Mme von der Leyen a parlé de ce statut, tout le monde s’est tourné vers elle, même mes collègues qui n’ont pas l’habitude d’écouter », explique la députée, membre du groupe centriste Renew Europe.
Devant les députés, la présidente de la Commission a quitté son lutrin pour donner l’accolade au premier ministre Carney, assis au premier rang. « On a l’habitude d’avoir des dignitaires étrangers au parlement, mais l’accueil n’est jamais aussi chaleureux. »
Jusqu’à la dernière minute, rien n’a filtré sur cette annonce. Le statut de « membre associé » avait d’abord été mentionné par un article du Wall Street Journal, mais Mark Carney avait balayé dimanche cette hypothèse.
Quelques heures avant le début de la session, Ursula von der Leyen a même fait parvenir à certains députés une version de son discours dans laquelle la mention du statut de « membre associé » avait été retirée, raconte Javier Moreno Sánchez, eurodéputé espagnol membre du bloc de centre gauche. « C’est la personnalité de Mme von der Leyen, elle aime garder la surprise et avoir un effet d’annonce. »
Statut clair
L’effet d’annonce a fonctionné : mercredi après-midi, on ne parlait que du nouveau statut du Canada et de la présence de Mark Carney, très populaire en Europe depuis son discours de Davos. « On voudrait que l’Europe soit aussi courageuse que le Canada pour riposter contre les Américains », commente Stéphanie Yon-Courtin, l’eurodéputée centriste et membre du parti d’Emmanuel Macron, qui voit d’un bon œil une plus grande coopération militaire et sécuritaire.
Reste que ce fameux statut de « membre associé » n’existe nulle part dans les traités européens, faisant dire à certains eurodéputés que Mme von der Leyen en promettait peut-être trop. Le gouvernement allemand, pourtant mené par le même parti qu’elle, a d’ailleurs fait savoir qu’il s’opposait à cette dénomination.
« L’euro n’existait pas dans les traités, et pourtant on l’a fait », rétorque Javier Moreno Sánchez. « Pour moi, cet accord est crucial pour diversifier nos relations commerciales », s’enthousiasme l’eurodéputé, qui espère aussi voir plus de mobilité pour les travailleurs et les étudiants.
Dissension
La proposition de Mme von der Leyen suscite plutôt l’enthousiasme dans les groupes de centre gauche, du centre et de droite, qui disposent ensemble d’une majorité au Parlement. Elle passe cependant plus difficilement auprès des parlementaires de gauche radicale et de droite radicale, dont les partis occupent une place croissante dans plusieurs capitales de l’Union.
« L’amitié entre les peuples, ça ne se réduit pas à des accords commerciaux qui bénéficient à des milliardaires et très peu aux citoyens », critique Arash Saeidi, eurodéputé français, membre du parti de Jean-Luc Mélenchon et du groupe d’extrême gauche au Parlement européen. Dix pays, dont la France, n’ont toujours pas ratifié le traité de libre-échange signé avec le Canada en 2016.
À l’extrême droite, on s’oppose également au traité de libre-échange et on redoute que le Canada puisse bénéficier de fonds européens sans avoir à assumer les contraintes plus lourdes liées à l’Union européenne. « Être membre de l’Union, c’est aussi devoir aider les pays de l’Est et subir les désavantages de la monnaie unique », assène Angéline Furet, membre du Rassemblement national de Marine Le Pen, qui s’inquiète aussi des conséquences sur l’immigration.
« J’ai une idée pour vous : candidatez pour devenir un vrai membre, ce serait plus fair. »












