« Jusqu’à ce qu’aucune race ne se croie supérieure » : Mia Amor Mottley exige une ONU libérée des hiérarchies



À la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies, le 24 septembre 2026 à New York, la Première ministre de la Barbade, Mia Amor Mottley, a livré un réquisitoire contre l’inaction, les privilèges hérités de l’histoire et la domination persistante des puissances. De la réforme du Conseil de sécurité aux réparations liées à l’esclavage, elle appelle à une transformation radicale de l’ordre mondial, fondée sur l’égalité réelle des peuples et la dignité de chaque être humain.

Une planète asphyxiée par les crises et l’irresponsabilité
Mia Amor Mottley a commencé son intervention par un constat sans détour : les obstacles au progrès humain se multiplient. La guerre, la faim, la crise climatique, l’endettement, les inégalités d’accès aux soins, à l’éducation, à l’eau et aux technologies composent une succession de crises que les institutions internationales peinent à contenir.

Pour la dirigeante barbadienne, le problème ne réside plus dans l’ignorance. Le monde connaît les causes du dérèglement climatique, les moyens de prévenir les conflits et les outils nécessaires pour réduire la pauvreté. Il sait également que l’intelligence artificielle peut transformer la médecine, l’agriculture, l’éducation et les services publics. Mais ce savoir demeure inutile lorsqu’il n’est pas converti en décisions politiques.

« Notre échec répété est de transformer ce que nous savons en ce que nous faisons », a-t-elle martelé. Sous toutes les urgences contemporaines se cache, selon elle, une crise plus profonde : une crise de responsabilité.

Réformer l’ONU, c’est aussi partager le pouvoir

La Première ministre a salué les efforts engagés pour restaurer la confiance dans les Nations unies, tout en refusant une réforme limitée à la réorganisation administrative. Modifier les bureaux, les structures et les lignes hiérarchiques ne suffira pas si les rapports de domination restent intacts.

Elle a dénoncé l’injustice d’un Conseil de sécurité composé de quinze membres, dont cinq disposent d’un droit de veto, tandis que l’Afrique, forte de cinquante-quatre États, n’y possède aucun siège permanent. Les petits États insulaires en développement, pourtant directement exposés aux effets du changement climatique, aux déplacements de population, au crime organisé et aux trafics d’armes, ne bénéficient eux non plus d’aucune représentation garantie.

Cette architecture, affirme-t-elle, appartient à un monde révolu. La planète a changé, mais le Conseil de sécurité n’a pas suivi. En soutenant l’initiative franco-mexicaine visant à limiter le recours au veto en cas d’atrocités de masse, la Barbade exige que la souveraineté des peuples ne soit plus paralysée par les privilèges de quelques puissances.

La guerre comme échec collectif

De Gaza à la Cisjordanie, du Liban au Yémen, du Soudan à l’Ukraine, Mia Mottley a rappelé l’ampleur des conflits qui ravagent les populations civiles. Elle a dénoncé des guerres plus longues, plus fragmentées et plus meurtrières, aggravées par la faim, la dette et le réchauffement climatique.

Elle appelle à renforcer les capacités de médiation de l’ONU grâce à des équipes rapides, dirigées par des responsables politiques capables de dialoguer avec les parties en conflit. Elle plaide également pour des forces d’observation déployables rapidement, dotées de mandats réalistes et de financements prévisibles.

La paix, a-t-elle insisté, ne peut pas être proclamée après les massacres. L’Organisation doit agir avant que les armes ne parlent, et non lorsque les sociétés sont déjà détruites.

L’intelligence artificielle ne doit pas reproduire les anciennes dominations

Sur l’intelligence artificielle, la dirigeante caribéenne a refusé que l’avenir soit abandonné aux grandes entreprises technologiques ou à un petit groupe d’États avancés. Les systèmes d’IA peuvent détecter des maladies, anticiper des catastrophes et élargir l’accès au savoir. Mais ils peuvent aussi renforcer les discriminations, généraliser la surveillance et accélérer la diffusion des mensonges.
« Une technologie qui affectera chaque État doit être gouvernée par des règles que chaque État a eu la possibilité de façonner », a-t-elle affirmé. Elle défend une gouvernance mondiale garantissant la supervision humaine, la protection de la dignité et un accès équitable aux bénéfices de l’innovation.

L’esclavage n’est pas une page tournée

Le moment le plus offensif de son discours fut consacré à la question raciale et à la justice réparatrice. Mia Mottley a rappelé que la traite transatlantique et l’esclavage racialisé constituent le crime contre l’humanité le plus grave. Les sociétés caribéennes, africaines et afrodescendantes en portent encore les blessures économiques, sociales et psychologiques.

La Barbade, a-t-elle souligné, assume sa part de responsabilité historique et soutient le plan caribéen en dix points pour la justice réparatrice. Mais cette reconnaissance ne peut rester symbolique. Elle doit se traduire par la réparation, la redistribution et la transformation des structures qui perpétuent l’inégalité.

Dans une dénonciation directe des hiérarchies raciales, la Première ministre a déclaré que la mentalité ayant justifié l’esclavage demeure présente dans les institutions internationales et dans l’architecture financière mondiale. Le même système qui a prétendu qu’une race était supérieure à une autre continue de considérer certains peuples comme plus légitimes, plus crédibles et plus dignes de décider.

Elle a repris les paroles de Haïlé Sélassié : tant que la philosophie qui établit la supériorité d’une race sur une autre ne sera pas définitivement abandonnée, la guerre persistera. Il ne peut y avoir de paix avec des citoyens de première et de seconde classe. Il ne peut y avoir de confiance dans un monde où la couleur de la peau continue de peser sur le pouvoir, la richesse et la sécurité.
La dignité comme ligne de front

Mia Mottley a enfin défendu les peuples de la Caraïbe : Haïti, Cuba, le Venezuela et la Guyana, tout en réaffirmant que la région doit rester une zone de paix. Elle a dénoncé les sanctions qui aggravent les souffrances des populations et soutenu les initiatives en faveur de la stabilité et de la souveraineté.

Son message final fut à la fois politique et moral : l’ONU ne retrouvera la confiance des peuples qu’en reconnaissant leur valeur égale. La Barbade, « amie de tous et satellite de personne », entend continuer à combattre la pauvreté, le racisme, la domination et l’injustice.

À New York, Mia Amor Mottley n’a pas seulement appelé à réformer une organisation. Elle a exigé de déconstruire un ordre mondial bâti sur la conquête, l’exploitation et la supériorité proclamée de certains. Pour elle, la paix ne sera possible que lorsque l’égalité cessera d’être une promesse et deviendra une réalité universelle.

Posted by on Sep 29 2026. Filed under Actualités, Economie, En Direct, Featured, Monde, Politique. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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